Centres sociaux et socioculturels et enjeux de participation sociale des aînés : regards croisés entre acteur de terrain et chercheurs

Les résultat et réflexions présentés dans le cadre de cette communication sont issus de l’étude I-CARE, initiée par l’Union Régionale des centres sociaux des Pays de la Loire en 2016. Celle-ci vise à mesurer l’impact des actions de prévention des centres sociaux et socioculturels (CSX)  de France à l’égard des publics retraités qui les fréquentent. Le mode de gouvernance des CSX, basé sur un principe de démocratie participative permet aux habitants et, par là même, aux aînés, d’agir sur leur environnement. Compte tenu de l’accroissement du vieillissement démographique les CSX interrogent, aujourd’hui, les modèles de participation sociale qu’ils proposent et permettent par le bisais de leurs activités.

Cette recherche, qui a la particularité d’être conduite via un dispositif TWIN CIFRE et dont l’approche est interdisciplinaire, permet de relever différentes formes de participation sociale chez les aînés dans les CSX. Si celle-ci se manifeste sous sa forme la plus usuelle et reconnue qu’est le bénévolat, l’étude révèle, par ailleurs, l’existence de participations plus « invisibles » ayant elles aussi leurs bénéfices. Les résultats démontrent que des activités comme Jardin’âge, offrent des moyens stratégiques aux aînés pour faire face aux bouleversements, aux transitions biographiques qui surviennent au cours de leur avancée en âge. Dans ce cas, nous constatons que l’activité proposée par le centre social permet de faire perdurer une pratique quotidienne considérée comme essentielle pour les personnes interrogées. La recherche révèle que des activités comme celles-ci sont essentielles car elles permettent aux personnes plus fragilisées, de garder prise et d’agir sur leur environnement. L’action « Jardin’âge », n’est qu’un exemple de ce que permettent ces activités en terme de participation sociale. En effet, d’autres activités comme la cuisine, la couture, l’informatique (…) permettent, quant à elles, l’échange mutuel de connaissances et de savoir-faire.  Qu’il s’agisse de jeunes retraités ou de personnes plus âgées les CSX offrent aux individus, le moyens de faire face à des transitions biographiques parfois difficiles (retraite, veuvage, perte de mobilité…) en leur offrant, entre autres, la possibilité d’accroître leur réseau social, d’apprendre, d’entreprendre, d’être divertis ou bien même accompagné…

Cependant, si l’étude témoigne de ces diverses qualités, elle démontre, par ailleurs, certaines carences quant à l’exercice de la participation sociale des aînés dans ces structures. Tout d’abord, l’analyse fait le constat d’un manque d’hétérogéniste des publics concernés par ces actions (femmes, jeunes retraités, appartenant à la classe moyenne, autonomes…). Autant d’éléments qui interrogent, à ce jour, l’offre des CSX. Comment toucher davantage d’hommes ? Comment toucher les personnes en situation de très grande précarité économique ? Ou encore les personnes en perte d’autonomie ? Des éléments qui questionnent également l’accessibilité au bénévolat, actuellement relativement sélectif et renforçant les inégalités sociales.  Ces constats interrogent à la fois l’évolution de l’offre d’activités proposées par les CSX mais aussi l’effort d’adaptation de la pratique professionnelle pour faire face à ces enjeux. C’est pourquoi, la question de la coordination des acteurs sur les territoires et la mutualisation des compétences attire l’attention. Les actions des CSX ne sont pas connues des acteurs gérontologiques et la distance culturelle qui sépare les CSX des secteurs sanitaires et médicaux-sociaux ne facilite pas leur intégration. Pour plus de pertinence, il devient nécessaire que ces divers acteurs, inscrits dans des champs d’action et dans des traditions différentes parviennent à dialoguer et à travailler ensemble. Le partage de connaissances permettrait une action plus efficiente par sa complémentarité. Enfin, compte tenu de l’objet de ce colloque, il convient d’aborder la question de « l’injonction » à l’utilité sociale. Dans les discours actuels prônant la participation sociale des aînés il apparaît de manière récurrente, qu’une retraite  réussie, se doit d’être active et productive. Cette manière d’appréhender le vieillissement, à rapprocher des cadres du vieillissement actif, est assez réductive et tend à exercer une certaine pression sociale sur l’individu faisant abstraction aux besoins propres du sujet qui vieillit.  Bien que par la diversité de leurs actions, les CSX aient  la capacité, comme exposé précédemment, d’offrir différents modèles de participations, il faut veiller à ce qu’ils ne basculent pas  dans les dérives d’un vieillissement normatif. En effet, les réponses actuellement proposées aux aînés par les CSX se présentent comme une alternative à une approche habituelle plus préventive et médicale. Pour poursuivre en ce sens, il leur appartient désormais de rester attentifs aux envies et capacités de chacun. Il est de la responsabilité des professionnels de mesurer les écarts entre le “bien vouloir” propre au bénévolat et le  “bien devoir”  propres aux représentations sociales que l’on se fait d’un bien vieillir. Pour ce faire, il convient de considérer toutes les formes de participations sans jugements de valeurs. En d’autres termes : Il n’y a pas de « petites utilités”.

Ainsi, la recherche I-CARE permet, à la fois de, démontrer que les actions des centres sociaux et socioculturels offrent aux aînés diverses possibilités de participation sociale, qui toutes, en tenant compte des capacités individuelles de chacun, s’inscrivent dans une logique qui allient « plaisir » et « utilité », mais elle permet aussi de pointer certaines limites qui mériteraient d’être considérées par les acteurs concernés. Ces premières réflexions ainsi que les résultats finaux de l’étude, permettront, aux professionnels de repenser leur pratique et leurs modes de réponses.


Béatrice BLANCHARD, chef de projet I-CARE – l’Union Régionale des centres sociaux des Pays de la Loire & directrice Centre Social de l’Allée Verte

Shani GALAND, doctorante sociologie – CENS & chargée de mission I-CARE – Union Régionale des centres sociaux des Pays de la Loire

Juliette MICHEL, doctorante Géographie – ESO chargée de mission I-CARE – Union Régionale des centres sociaux des Pays de la Loire

Crédit image :  université de laval Québec 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *